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21.08.2008
The Incredible Hulk
Craig Armstrong - The Incredible Hulk (Marvel Music)
Cinq ans après l'échec financier - mais non artistique - du film d'Ang Lee, injustement décrié, la franchise Hulk renaît de ses cendres sans pour autant qu'on l'ait attendue avec une grande impatience. Pour ce nouveau long-métrage qui se veut un retour aux sources - le titre lui-même est éloquent -, les producteurs ont fait appel au poulain de Luc Besson, réalisateur de The Transporter 2 : Louis Leterrier, peu réputé pour sa finesse (on lui doit également Danny The Dog, grand moment de n'importe quoi dans lequel se sont fourvoyés Bob Hoskins et Morgan Freeman). Absurde car voulant faire table rase du passé alors qu'il se présente presque comme un remake du film d'Ang Lee, The Incredible Hulk (2008), comme on pouvait le prévoir, est un ratage quasi complet. Le "scénario" est linéaire et totalement dénué d'intérêt, la mise en scène est impersonnelle au possible et, pire encore, les acteurs sont gâchés. Edward Norton, qu'on n'a jamais vu aussi peu impliqué, regarde ailleurs pour oublier qu'il joue dans un navet, William Hurt fronce les sourcils et semble gêné par sa moumoute et sa fausse moustache, Tim Roth grimace et Liv Tyler pleurniche... Quelle tristesse en effet ! Restent alors les effets spéciaux, très impressionnants et d'une fluidité parfaite, la scène de poursuite inaugurale dans les rues de Rio de Janeiro et la scène d'action devant l'université, indéniablement percutante. Hélas, ce n'est pas assez pour faire un vrai film et il est grand temps de renvoyer le géant vert à la seule place qui lui convienne : sur les boîtes de maïs !
Dans ses précédents films, Louis Leterrier n'avait pas tellement eu à demander le tout symphonique pour ses musiques : Danny The Dog bénéficiait en effet d'un score électro composé par Massive Attack tandis que la musique de The Transporter 2 était dû à Alexandre Azaria, compositeur français en plein boom ces dernières années (Les Dalton, Astérix et les Vikings, L'Auberge Rouge, 15 ans et demi, Love and Other Disasters). Pour The Incredible Hulk, il s'adjoint les services de Craig Armstrong, choix a priori surprenant étant donné que ce dernier n'est pas du tout un habitué des blockbusters - si l'on veut vraiment trouver un lien entre Armstrong et Leterrier, c'est Massive Attack, avec qui le compositeur a lui aussi travaillé... Très peu prolifique (à peine plus d'une vingtaine de scores en douze ans), l'auteur de Romeo + Juliet et de Moulin Rouge n'en est pas moins un artiste éclectique ayant œuvré autant dans les registres sombres (The Bone Collector, The Clearing) que lumineux (Love Actually, Must Love Dogs), responsable ces dernières années de travaux ambitieux tels que les scores de Ray, de World Trade Center et de Elizabeth : The Golden Age. Son don pour les envolées liturgiques et les thèmes envoûtants mais aussi pour les séquences d'action échevelées (Kiss of The Dragon) faisaient de lui un choix tout à fait logique pour The Incredible Hulk.
L'album distribué par Marvel Music, fait rarissime pour une première édition, contient l'intégralité de la musique répartie sur deux cds de presque une heure chacun ! Les fans du compositeur seront aux anges et tout le monde aura la possibilité d'apprécier en profondeur le travail effectué par Craig Armstrong, proposé pour la plupart des morceaux dans l'ordre chronologique du film. L'ouverture, solennelle et mystérieuse, évoque les déserts glacés du Grand Nord avant d'annoncer le drame à grand renfort de cordes et de cuivres lancinants. L'emphase est de rigueur et le brio orchestral incontestable, le compositeur respectant à la lettre tous les codes du genre et livrant ainsi un score certes conventionnel mais beaucoup plus satisfaisant que d'autres musiques d'adaptations de comics telles The Dark Knight. Après une mélodie flamboyante et dramatique, la fin de "The Artic" introduit le motif associé à Hulk, fait de brusques attaques de percussions et de cors grondants évoquant parfaitement la nature massive et sauvage du héros, qui sera constamment amené par la suite à juguler péniblement ses accès de rage. Ce motif sera évidemment réemployé plusieurs fois aux moments-clé de l'intrigue. Quant au "Main Title", tout comme celui de Danny Elfman dans l'opus précédent, il illustre à son tour des images de cellules se décomposant et se recomposant sans cesse, et la musique d'illustrer à n'en plus finir la construction et la déconstruction, parasitée par des instruments venant briser la mélodie comme autant d'éléments intrus.
Le reste de l'album alternera de façon très régulière - et de ce fait un peu fastidieuse, il faut le reconnaître - les scènes méditatives, les scènes de romance, les scènes de suspense et les scènes d'action. Ces dernières sont fort nombreuses, comme il se doit, et si certaines parviennent vraiment à retenir l'attention ("The Flower", "Ross' Team" et "Favela Escape", qui ne sont pas sans rappeler les musiques de John Powell, ou encore le monumental "Give Him Everything You've Got"), les autres finissent par se noyer dans l'anecdotique et la répétition. En outre, on constate que le style du compositeur dans ces moments-là a tendance à rappeler un peu trop celui de Hans Zimmer et des studios Remote Control (puisqu'on parlait de The Dark Knight, tiens tiens...), en beaucoup mieux écrit malgré tout. Le talent de Craig Armstrong pour les belles mélodies, le soin apporté à la construction de chaque morceau et la finesse des orchestrations font de ce score un travail de qualité, mais on ne peut en aucun cas passer sous silence la longueur de l'album et sa structure très linéaire (à l'instar du film), qui entraînent inévitablement la lassitude et obligent à décrocher. Alors qu'on se retrouve parfois à déplorer l'absence de morceaux incontournables sur certains cds, c'est ici le contraire et il est clair qu'un album de 75 min aurait largement suffi.
Cela dit, l'ensemble est tout de même ponctué par de belles trouvailles brillamment exécutées qui méritent l'attention voire justifient l'acquisition de cette BO : l'emploi des cordes dans les séquences annonçant la catastrophe, proche de celui des films d'horreur et jouissif pour les amateurs de slasher movies ; le travail virtuose effectué sur les percussions, qui créent un sentiment d'urgence et une excitation fort appréciables (écoutez l'excellent "That Is The Target" et vous ne serez pas déçus) ; les très tendres "Reunion", qui reprend le thème de "The Arctic" dans une version passionnée, et "I Can't", qui correspond à une scène amusante où Bruce refuse de faire l'amour sous peine de devenir trop excité et de... vous voyez ! ; les violons "indianisants" dans "Hulk Theme" ; la véhémence hyperbolique de "Sterns’ Lab" ; etc... Même s'il a parfois du mal à se renouveler, Craig Armstrong vient d'ajouter une nouvelle corde à son arc avec The Incredible Hulk et on ne peut que lui souhaiter à l'avenir de s'engager sur d'autres projets tout aussi ambitieux.
GB
Tracklisting :
CD1
1. The Arctic (02:46)
2. Main Title (02:39)
3. Rocinha Favela (03:11)
4. A Drop of Blood (01:35)
5. The Flower (02:50)
6. Ross' Team (01:33)
7. Mr. Blue (01:03)
8. Favela Escape (03:35)
9. It Was Banner (01:32)
10. That Is The Target (05:33)
11. Bruce Goes Home (01:24) Contains 'The Lonely Man Theme' (from the 1977 TV Series) - Written by Joe Harnell
12. Ross And Blonsky (03:15)
13. Return To Culver University (02:39)
14. The Lab (01:17)
15. Reunion (03:37)
16. The Data/The Vial (01:19)
17. They're Here (03:06)
18. Give Him Everything You've Got (06:08)
19. Bruce Can't Stay (01:54)
20. First Injection (01:03)
21. Is It Safe? (01:07)
22. Hulk Theme (03:59)
CD2
1. Saved From The Flames (00:53)
2. Grotto (02:53)
3. Arrival At The Motel (01:48)
4. I Can't (02:15)
5. Abomination Alley (03:56)
6. Bruce Found (02:52)
7. Bruce Looks For The Data (01:05)
8. NYC Cab Ride (01:16)
9. The Mirror (01:17)
10. Sterns' Lab (04:16)
11. Bruce Darted (03:00)
12. I Want It, I Need It (01:36)
13. Blonsky Transforms (01:16)
14. Bruce Must Do It (02:11)
15. Harlem Brawl (03:53)
16. Are They Dead? (02:40)
17. Hulk Smash (02:25)
18. Hulk And Betty (01:50)
19. A Tear (01:01)
20. Who's We? (00:56)
21. The Necklace (01:44)
22. Bruce And Betty (05:06)
23. Hulk Theme (End Credits) (03:59)
Total Time : 111:13
12:41 Publié dans Armstrong, Craig | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : the incredible hulk, craig armstrong



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