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11.03.2007
Tideland
Mychael Danna - Tideland (Ryko Filmworks)
Après le peu convaincant The Brothers Grimm (2005), très révélateur des qualités mais surtout des défauts de son auteur, Terry Gilliam a enchaîné très vite sur Tideland suite à un coup de cœur éprouvé à la lecture du roman de Mitch Cullin. L'univers de l'écrivain, que d'aucuns peuvent juger inadaptable, constituait probablement une mine d'or pour un cinéaste visionnaire et illuminé tel que Gilliam. Le problème, c'est que le film qui en résulte est tout aussi illuminé mais pas forcément très réussi. Suite au plaisir de retrouver Jeff Bridges, dont le rôle de camé rappelle celui de The Big Lebowski mais en plus triste, il faut accepter de le voir s'éteindre rapidement - sans parler de Jennifer Tilly, qui meurt au bout de 5 min -, laissant Jodelle Ferland (Silent Hill), jeune actrice au talent sidérant, seule avec ses fantasmes. Mélange psychédélique d'Alice au pays des merveilles, de Psychose et de Massacre à la tronçonneuse, Tideland contient des moments inspirés, splendeurs esthétiques ou délires de schizophrène, mais s'avère également ennuyeux car trop long, confus car trop bavard, parfois hystérique (voir le jeu de Brendan Fletcher, le voisin attardé mental) et souvent maladroit (dans son traitement de thèmes délicats : fétichisme, pédophilie latente, etc.), digérant mal ses multiples références. Dans la filmographie fort hétéroclite de Terry Gilliam, Tideland ne fait que compléter une liste déjà longue de gros films malades.
Pour mettre en musique cette nouvelle perle de bizarrerie, le réalisateur, manifestement décidé à ne plus faire appel à un même compositeur deux fois de suite, oublie Dario Marianelli (The Brothers Grimm) et se tourne maintenant vers Mychael Danna, compositeur "sérieux" et collaborateur attitré d'Atom Egoyan, de Mira Nair et anciennement d'Ang Lee. Sorte de camaléon empruntant tantôt à Thomas Newman (Girl Interrupted, Bounce, Hearts in Atlantis), tantôt à David Arnold (Ride with the Devil) ou encore à Jerry Goldsmith (Where the Truth lies), Mychael Danna s'est surtout fait un nom dans le domaine de la musique "ethnico-new age atmosphérique" (Exotica, Kama-Sutra), mais là encore il peine depuis quelque temps à se renouveler (Green Dragon = Water = Monsoon Wedding, etc...). Sa présence au générique de Tideland est finalement une bonne surprise car il compose ici son meilleur score depuis des années. En accord avec les images, sa musique ressemble à une longue rêverie éveillée qui oscille entre inquiétante étrangeté et morosité languide, alignant de fulgurants morceaux de bravoure lorsque les personnages s'élancent dans leur monde imaginaire, venant rompre la tonalité intimiste dominante. Les orchestrations, toujours signées Nicholas Dodd (fidèle collaborateur des frères Danna mais aussi de David Arnold, spécialisé par conséquent dans les gros scores symphoniques), rivalisent d'originalité et d'intelligence, laissant toujours planer un doute sur ce qui surgira au morceau suivant : ici ce seront des sonorités tribales renvoyant à la jungle, là ce sera une voix féminine envoûtante, là-bas un accordéon et une clarinette pleins d'humour et de nostalgie, plus loin encore un piano romantique et une douce complainte au violon.
"Corn Swimming", l'une des meilleures scènes du film, donne lieu à une sorte de grande valse fortement cadencée, portée par des cordes et des percussions vibrantes, des guitares et autres guimbardes évoquant le vieux Sud des Etats-Unis. Dans "Under Water", les cordes et les cuivres déploient des univers mystérieux et fantastiques qui se font peu à peu angoissants avant de remonter vers la lumière, débouchant de nouveau sur le merveilleux. Les envolées virtuoses et étourdissantes sont nombreuses, pleines d'une audace et d'une ampleur rarement entendues chez le compositeur, le situant entre la flamboyance crépusculaire d'un Elliot Goldenthal et les élans gothiques d'un Danny Elfman (les références à l'univers de Tim Burton sont d'ailleurs souvent présentes, y compris dans les images, l'arbre de l'affiche rappelant celui de Big Fish). Disséminées entre morceaux jazzy et passages de musique de cirque, les réminiscences de compositeurs classiques sont nombreuses (Le Carnaval des animaux de Saint-Säens en premier lieu), conférant à la partition de Danna un cachet supplémentaire. Cependant, c'est toujours l'influence de Thomas Newman qui domine, de Flesh & Bone à Lemony Snicket's A Series of Unfortunate Events, abondamment citées par le biais de longs morceaux atmosphériques parcourus d'instrumentations et de rythmes doucement déjantés (à ce titre, "Del & Dickens Leave" tient quasiment du pastiche). Ces diverses citations n'empêchent pas, heureusement, d'apprécier cette composition à la fois puissante et originale, regorgeant de surprises musicales d'une éloquence et d'une véhémence admirables. Plutôt que le dvd du film, faites l'acquisition de la bande originale de Tideland, riche de toute la beauté et de toute la folie de l'univers de Mitch Cullin. Assurément, vous ne le regretterez pas...
GB
Tracklisting :
1. Van Gogh In Hollywood/ Jeff Bridges and Chris Pelonis
2. Boom Boom/ John Lee Hooker
3. I’m A Ghost
4. Corn Swimming
5. Grandma’s House
6. Under Water
7. Running From Del
8. They Won’t Be Out Until Tonight
9. Madrigal for a Mummy
10. In the Chair With Daddy11. Del & Dickens Leave
12. Hunting For Squirrels
13. The Bad Place
14. The Bog Man
15. Feather Boa
16. She Doesn’t Hate Me
17. Empty Rooms
18. Picnic
19. JR’s Suitcase
20. My Boyfriend
21. Visiting Dickens
22. Glitter Gal Tells
23. Run To Daddy
24. Train Wreck
12:55 Publié dans Danna, Mychael | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Tideland, Mychael Danna



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